Suite de l'Histoire de Paris
La Révolution française
C'est à Versailles que débute la Révolution française par la convocation des États généraux puis le serment du Jeu de paume. Mais la volonté réformiste et pacifique est rapidement mise à mal par les Parisiens, atteints par la crise économique (prix du pain), sensibilisés aux problèmes politiques par la philosophie des Lumières mais également par une rancœur à l'égard du pouvoir royal qui a abandonné la ville depuis plus d'un siècle.
C'est à Paris, à l'endroit où la rue Saint-Antoine rejoint l'actuelle place de la Bastille que se déroule la prise de la Bastille le 14 juillet 1789. Le 15 juillet 1789, l'astronome Jean Sylvain Bailly reçoit à l'hôtel de Ville la charge de premier maire de Paris. Les 5 octobre, l’émeute se déclenche sur les marchés parisiens, menée par les femmes. Le 5 au soir, la foule parisienne atteint Versailles et arrache au roi la sanction des décrets (juges élus, égalité fiscale, suppression des impôts indirects). Le 6 au matin, le château est envahi et le roi doit accepter de venir résider à Paris au palais des Tuileries et d’y appeler l’Assemblée constituante qui s’installe le 19 octobre dans le Manège des Tuileries.
Le 14 juillet 1790 se déroule la fête de la Fédération sur le Champ-de-Mars mais le même lieu est le théâtre de la fusillade du Champ-de-Mars le 17 juillet 1791. Bailly rapidement mis en cause est finalement guillotiné pour avoir fait tirer sur le peuple. Le couvent des Cordeliers et le couvent des Jacobins constituent de hauts lieux du Paris révolutionnaire ; ils marquent la toute puissance des clubs parisiens sur le cours de la Révolution. Bousculant le pouvoir monarchique puis même constitutionnel, ils mettent en place une dictature, fermement décidés à mettre en place l'ordre nouveau : Liberté, Égalité, Fraternité.
Dans la nuit du 9 août, une nouvelle Commune révolutionnaire prend possession de l'Hôtel de Ville de Paris, siège du gouvernement. Lors de la journée du 10 août 1792, la foule assiège le Palais des Tuileries avec le soutien du nouveau gouvernement municipal. Le roi Louis XVI et la famille royale demandent le soutien de l'Assemblée législative mais est finalement incarcérée à la tour du Temple. Cet évènement marque la fin effective de la monarchie française (qui sera restaurée en 1814). Du 2 au 7 septembre 1792 se déroulent un des épisodes les plus sombres de la Révolution, les massacres de septembre. Lors des élections de 1792 qui se déroulent dans un contexte tendu, la Commune de Paris joue un rôle de radicalisation ; la Convention nationale est alors élue mais le groupe des Girondins apportant l'opinion plus modérée de la bourgeoisie des provinces est rapidement déconsidéré et écarté du pouvoir en juin 1793 par Robespierre.
Les Parisiens vivent alors deux années de rationnement et de règne de la Terreur sous la poigne du comité de salut public. Les policiers de Paris, sous l'autorité de la mairie, s'emploient à incarcérer tout ce que la ville compte encore de nobles, de riches bourgeois, de prêtres et d'intellectuels en général. C'est pourquoi le maire de Paris est aujourd'hui encore le seul de France à être privé de tout pouvoir de police. Le 21 janvier 1793, Louis XVI est guillotiné sur la place Louis XV, rebaptisée « place de la Révolution » ; il est suivi sur l'échafaud en seulement quelques semaines par 1 119 personnes, dont Marie-Antoinette, Charlotte Corday, la comtesse du Barry, Danton, Lavoisier et finalement Robespierre et ses partisans après le 9 Thermidor an II (27 juillet 1794).
La Révolution n'est pas une époque de développement pour la ville et peu de monuments sont édifiés ; seul le champ de Mars témoigne des célébrations nationales. En revanche, de nombreux couvents et églises sont rasés. Ils laissent place à des lotissements édifiés sans plan d'ensemble, ce qui aboutit à une réduction des espaces verts de la ville et à une densification du centre. Sous le Directoire, des immeubles de rapport, de style néo-classique, sont élevés.
L'Empire
En 1799, le pouvoir politique n'appartient plus aux Parisiens mais à un jeune général corse, Napoléon Bonaparte. Le 18 mai 1804, à l’unanimité, le sénat vote l’instauration du gouvernement impérial, le 2 décembre, Napoléon Ier est sacré empereur par le pape Pie VII à la cathédrale Notre-Dame. Il décide d'établir à Paris la capitale de son Empire. Il en fait la capitale de l'Europe, devant Rome, deuxième ville de l'Empire, et Amsterdam, troisième. En 1801, Paris a récupéré les pertes subies sous la Révolution et compte 546 856 habitants ; cette progression est néanmoins surtout le fait de l'immigration provinciale, la natalité restant faible. Depuis le milieu du XVIIIe siècle, la ville est distancée par Londres en pleine expansion économique et démographique qui atteint 1 096 784 habitants. Néanmoins, Paris reste une des plus grandes villes d'Europe, Moscou et Amsterdam comptent chacune environ 200 000 habitants et Rome environ 150 000.
La ville est associée aux fastes impériaux et l'empereur s'intéresse de près à la ville et à ses problèmes. Il veut de grands monuments à sa gloire de style romain, l'arc de triomphe, l'arc de Triomphe du Carrousel, le pont d'Iéna, la Madeleine, la Bourse et de nombreuses fontaines sont édifiées afin d'apporter l'eau aux parisiens. La voirie est entièrement réorganisée, la numérotation des maisons est créée, des quais, des égouts, des cimetières sont édifiés. L'approvisionnement en eau est amélioré par la création du canal de l'Ourcq et l'adduction d'eau, un réseau de marchés est mis en place ainsi que des abattoirs et la halle aux vins. Mais Napoléon n'a pas le temps de créer de grandes percées ; seule celle est-ouest de la rue de Rivoli est réalisée avec ses immeubles dessinés par les architectes Percier et Fontaine.
La restauration et la monarchie de Juillet
La chute de l'Empire en 1814 puis en 1815 après les Cent-Jours amènent à Paris les armées anglaises et cosaques qui campent sur les Champ-Élysées qu'ils saccagent. Louis XVIII de retour d'exil rentre dans Paris et s'installe aux Tuileries.
Louis XVIII et Charles X ne se préoccupent pas de l'urbanisme parisien mais la construction privée connaît une flambée importante avec le développement du système bancaire. De nouveaux quartiers résidentiels sont tracés, le quartier de l'Europe, le quartier Saint-Georges (dite « Nouvelle Athènes »), avec des immeubles de style antique.
Sous la monarchie de Juillet, la bourgeoisie d'argent triomphe mais celle-ci s'oppose à la bourgeoisie traditionnelle et au prolétariat ouvrier en forte expansion qui s'entasse misérablement dans les quartiers centraux. Ces derniers atteignent plus de cent-mille habitants au kilomètre carré et constituent d'importants foyers d'épidémie ; le choléra en 1832 fait 32 000 victimes. En 1837, Paris entre dans l'ère du chemin de fer avec l'ouverture de la gare Saint-Lazare. Elle est rapidement suivie par cinq autres « embarcadères ». La société de l'époque est abondamment décrite par Balzac, Victor Hugo ou Eugène Sue.
En 1848, 80 % des morts vont à la fosse commune et les deux-tiers des Parisiens sont trop pauvres pour payer l'impôt. Ces quartiers centraux constituent par ailleurs d'importants foyers de révoltes populaires ; les barricades font tomber Charles X lors des trois glorieuses puis Louis-Philippe en 1848.
Durant cette période, la ville accélère son rythme de croissance pour atteindre le mur des Fermiers Généraux, tandis que dans les faubourgs on construit (entre 1840 et 1845) la dernière enceinte de Paris, dite enceinte de Thiers sur l'emplacement actuel du boulevard périphérique. Mais au cœur de la ville, seule la timide percée de la rue Rambuteau est mise en œuvre.
Le Second Empire
Avec l'avènement du Second Empire, Paris se transforme radicalement ; d'une ville à la structure médiévale et aux constructions anciennes et insalubres, quasiment dépourvue de grands axes de circulation, elle devient en moins de vingt ans une ville moderne. Napoléon III a des idées précises sur l'urbanisme, le logement, l'aménagement urbain, mûries par de longues années d'exil à Londres.
S'entourant d'hommes d'action, Georges Eugène Haussmann, nommé préfet de la Seine en 1853, Eugène Belgrand, l'ingénieur hydraulicien, et Jean-Charles Alphand, architecte paysagiste, il engage dans Paris de gigantesques travaux de modernisation dont la rapidité est surprenante. Cette transformation est permise par la richesse des classes dirigeantes et les puissances économiques en pleine expansion. Il développe le réseau des égouts, fait disparaître de nombreux quartiers insalubres et donne à Paris de larges avenues palliant les importants problèmes de circulation ainsi que de somptueux monuments tels que l'Opéra Garnier, le Louvre dans son aspect actuel et le Palais des Tuileries (aujourd'hui disparu) et enfin de nombreux parcs et jardins.
Haussmann coupe dans le vieux Paris et fait disparaître de nombreux quartiers insalubres, l'île de la Cité est quasiment vidée de ses habitants et laisse la place à de vastes bâtiments administratifs, l'Hôtel-Dieu et la Préfecture de police, deux grands boulevard nord-sud et est-ouest sont tracés, les boulevards de Sébastopol et Saint-Michel et la rue de Rivoli qui est achevée, et dessinent la trame urbaine du nouveau Paris. Un nouveau style architectural apparaît avec les nouveaux immeubles en pierre de taille au décor sculpté qui seront qualifiés plus tard d'« Haussmanniens » dont l'avenue de l'Opéra est une des plus caractéristique.
Sur les terrains libérés par l'expropriation, les prix montent en flèche et la population ouvrière est chassée des nouveaux quartiers en construction. Prudemment, une importante caserne est établie place de la République car ces travaux, outre la modernisation de la ville et l'hygiénisme en vogue, font surtout disparaître les ruelles tortueuses et populaires, traditionnels foyers révolutionnaires et lieux de barricades. Belgrand capte la Dhuis et la Vanne. Le réseau d'égouts passe de 150 à 500 kilomètres. Alphand crée de vastes parcs sur des terrains libérés, les parcs Monceau, des Buttes-Chaumont, Montsouris et, à la périphérie de la ville, les bois de Boulogne et de Vincennes sont aménagés. Le Paris d'aujourd'hui est donc avant tout celui de Napoléon III et d'Haussmann.
Le 16 juin 1859, une loi fait annexer à Paris plusieurs communes voisines, étendant ainsi les limites de la commune jusqu'à la ligne de fortifications qui entoure la ville et ses faubourgs. Sont ainsi rattachées à Paris les communes de Belleville, Grenelle, Vaugirard et La Villette dans leur totalité, d'Auteuil, des Batignolles-Monceau, de Bercy, La Chapelle-Saint-Denis, Charonne, Montmartre et Passy en majeure partie (les parties de ces communes situées à l'extérieur des fortifications étant rattachées aux communes voisines), ainsi que des quartiers d'Aubervilliers, Bagnolet, Gentilly, Issy, Ivry, Montrouge, Neuilly, Pantin, Le Pré-Saint-Gervais, Saint-Mandé, Saint-Ouen et Vanves. Cette loi prend effet le 1er janvier 1860 et constitue une étape importante dans les grands travaux dirigés par Haussmann. La capitale française passe ainsi de douze à vingt arrondissements et de 3 288 à 7 088 hectares. Cette évolution est la dernière d'importance et fige pour longtemps les limites administratives de la ville. La croissance urbaine continue de la fin du XIXe siècle et du XXe siècle ne s'accompagne en effet plus par une expansion des frontières communales ce qui est à l'origine de la « banlieue ».
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